Histoires de l'oeil

La haute Renaissance (XVIe)

Au début du XVIe, l’émulation artistique s’est déplacée de Florence à Rome. La cité papale en grands travaux s’est alors attachée les plus grands maîtres de la période, au rang desquels Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël. Ces derniers ont fait du Quattrocento (le 400) le siècle de gloire de l’art italien, poussant jusqu’à un point de perfection inégalé l’art du dessin et de la composition et multipliant les innovations (tel le sfumato de Léonard de Vinci). Mais Rome n’était pas la seule ville à faire rayonner les arts de la péninsule dans le monde : une autre école, celle de Venise, de Giorgione et de Titien, a apporté son tribut à ce début du XVIe siècle, en se concentrant davantage sur le traitement de la lumière et de la couleur. La haute Renaissance italienne a pris fin dès 1520 (à la mort de Raphaël) et avec l’avènement du maniérisme, dit aussi Renaissance tardive.

La Renaissance, de Florence à Rome

Nous avons vu dans le précédent cours (La première Renaissance) que les artistes florentins avaient ouvert la voie à une conception plus libre et intellectuelle de l’art et plus précisément de la peinture. Les lois de la perspective, l’étude de l’anatomie et des sciences, la problématique de l’harmonie de la composition dans un cadre plus « réaliste »… Les artistes de la nouvelle génération de peintres qui se retrouvèrent à Rome dès le début du XVIe siècle, formés au sein des ateliers des grands maîtres de la génération précédente, maîtrisaient les techniques que leur avaient transmises leurs aînés.

Ces artistes exigeants voulaient marquer le monde, survivre à leur temps : il n’était plus seulement question de satisfaire un commanditaire en réalisant portraits ou édifices dans le goût de l’époque.

– Projet de reconstruction de la basilique Saint Pierre de Rome, Donato Bramante. En 1505, un puissant mécène, le pape Jules II, a consenti au nouvel état d’esprit artistique, en demandant à l’architecte Bramante de réinventer la basilique. L’artiste y a travaillé dans un style qui était un défi aux anciennes traditions et à la liturgie même. L’œuvre était d’ailleurs d’une telle ampleur et d’un tel coût qu’elle ne fut jamais réalisée. Le projet sera confié plus tard au jeune Raphaël.

Leonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël à Rome

Figure symbolique de l’artiste érudit du XVIe siècle, Léonard de Vinci a étudié toute sa vie l’anatomie et les sciences. Il a ainsi contribué à élever le statut de l’artiste – ce qui était son but – à celui d’intellectuel influent.

La Cène, 1494-1498, Léonard de Vinci.

L’épisode biblique de La Cène n’avait jamais été traité avec tant de vérité et de vie : cette Cène-là traduisait une tension dramatique inédite, nourrie des observations que Léonard de Vinci avait faites des réactions humaines. Réalisme en outre servi par une composition très calculée.

La Joconde, v. 1502 , Léonard de Vinci.

Léonard de Vinci fut notamment l’inventeur du célèbre « sfumato », technique d’estompe des contours permettant d’approfondir l’expression des personnages.

Le plafond de la chapelle Sixtine (Vatican), 1508-1512, Michel-Ange.

L’artiste florentin Michel-Ange, appelé à Rome dès 1506, se vit confier la décoration du plafond de la chapelle Sixtine par le pape Jules II. Il faillit refuser : l’artiste voulait sculpter, non peindre. Il a pourtant fini par s’enfermer 4 ans dans cette chapelle partiellement décorée par des peintres de la génération précédente (Botticelli, Ghirlandaio…) : Michel-Ange, dessinateur de génie, était tout aussi perfectionniste que son rival Léonard.

L’Ecole d’Athènes, 1510, Raphaël.

Le jeune Raphaël, appelé à Rome à 25 ans, a très vite assis sa réputation, notamment par son traitement du coloretto, que l’on peut admirer dans l’Ecole d’Athènes. Cette célèbre fresque du Vatican rassemble les grands philosophes grecs de l’Antique, tels Socrate, Platon et Aristote, dans une allégorie du Vrai rationnel.

L’esclave mourant, 1513, Michel-Ange.

De nature moins sociable et plus sombre que son jeune rival Raphaël, Michel-Ange n’en était pas moins admiré et sollicité. Le pape lui a notamment confié l’édification de la coupole Saint-Pierre, non achevée par Bramante. La carrière de Michel-Ange était alors à son apogée. Mais cette reconnaissance n’a fait qu’accentuer les doutes de l’artiste, farouchement attaché à son indépendance : pour lui, la réussite avait le parfum du compromis.

Chambre de l’Incendie du Bourg, 1514-1517, Raphaël et atelier.

Chambre de l’Incendie du Bourg est la conjugaison de la science de la composition et du traitement de la couleur caractérisant le florissant atelier dirigé par Raphaël. La figure de la jeune femme apportant de l’eau, à droite, pleine de grâce féminine, est représentative de ce qui sera retenu de l’art de l’artiste, peintre de la venustas.

La nymphe Galatée, v. 1512-1514, Raphaël.

Le peintre était aussi reconnu pour son incomparable science de la composition : dans La Nymphe Galatée, chaque mouvement répond à un autre. La recherche d’un idéal, chez Raphaël, n’entraîne aucune lourdeur, aucune impression de « figée ».

Le pape Léon X avec deux cardinaux, 1518, Raphaël.

Mais Raphaël était également très habile dans un registre plus « réaliste ». Très sociable, il a su en outre – davantage que Léonard da Vinci et que Michel-Ange, maintenir d’excellentes relations avec ses commanditaires (notamment la papauté) et l’activité de son atelier.

Giorgione, Titien, Corrège à Venise

La Renaissance à Venise, plus tardive qu’à Florence et qu’à Rome, a néanmoins été particulièrement novatrice. Ses caractéristiques premières sont la légèreté et la lumière, alors que les artistes florentins se sont davantage attachés au dessin, à la perspective et à la composition.

La Vierge à l’enfant avec l’ange musicien, 1505, Giovanni Bellini.

Giovanni Bellini, précurseur vénitien, se différenciait déjà du traitement pictural des grands maîtres florentins par l’attention portée à la luminosité de la couleur. Giorgione et Titien, les deux peintres les plus célèbres du Cinquecento ont d’ailleurs été formés au sein de son atelier.

La tempête, v. 1508, Giorgione.

Giorgione, auquel on ne peut attribuer que cinq tableaux à ce jour, compte pourtant parmi les plus novateurs de sa génération. Le traitement de la lumière et de l’atmosphère de la scène sont le véritable sujet de La tempête, représentée ci-dessus.

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Madone avec des saints et des membres de la famille Pesaro, 1519-1526, Titien.

Titien, né dans les Alpes vénitiennes, a poursuivi les recherches coloristes de Giorgione, mort trop jeune pour développer son art. La technique de dessin de Titien égalait celle d’un Michel-Ange. Sûr de son génie, il n’a pas tardé à remettre en cause les règles de la composition classique (en ne plaçant pas la vierge au centre, par exemple), misant sur la couleur pour donner une unité à ses tableaux.

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Portrait d’homme dit le Jeune anglais, v. 1540-1545, Titien.

Le peintre était surtout reconnu pour ses portraits. La vie qui se dégage de celui du Jeune anglais, ci-dessus, ne doit rien à la technique du modelé minutieux et du sfumato de Leonard de Vinci. La présence des personnages de Titien conserve quelque chose d’inexplicable.

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L’Adoration des bergers, v. 1530, Corrège.

Corrège est parfois considéré comme le plus audacieux des peintres du glorieux Cinquecento. Comme un certain nombre de novateurs (et notamment ceux du XIXe siècle : Van gogh, Gauguin et Cézanne), Corrège était un solitaire, isolé dans une petite ville du nord de l’Italie, Parme. C’est dans l’expression de la lumière qu’il sait s’illustrer de façon exceptionnelle.

L’assomption de la vierge, Corrège (coupole de la cathédrale de Parme).

Sources :

  • Au Quattrocento, l’éclosion de la Renaissance italienne, Jérémie Koering, cours du soir 2011-2012 de l’école du Louvre , Fondation Rachel Boyer.
  • Le XVIe siècle italien ou la Renaissance maniériste, Jérémie Koering, cours du soir 2011-2012 de l’école du Louvre , Fondation Rachel Boyer.
  • Histoire de l’art, E. H. Gombrich, Phaidon.
  • Tout sur l’art, panorama des mouvements des chefs-d’oeuvre, Flammarion.
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